Votre enfant se fatigue vite en classe, a du mal à écrire, à se déplacer ou à sortir son matériel seul. L’équipe pédagogique fait de son mieux, mais vous sentez qu’il lui faudrait quelqu’un à ses côtés. Comment obtenir une AESH, et qu’attendre concrètement de cette personne une fois qu’elle est là ?
L’AESH (accompagnant d’élève en situation de handicap) est un professionnel employé par l’Éducation nationale pour aider un ou plusieurs élèves à suivre leur scolarité. On ne la demande pas à l’école, mais à la MDPH, dans le cadre du dossier de votre enfant. C’est la CDAPH, la commission de la MDPH, qui décide s’il y a besoin d’une aide humaine, et sous quelle forme. L’Éducation nationale recrute ensuite et affecte la personne. L’AESH ne remplace pas l’enseignant : elle aide votre enfant à accéder aux apprentissages, à gagner en autonomie et à participer à la vie de la classe.
Qu’est-ce qu’une AESH, exactement ?
L’AESH accompagne les élèves dont le handicap rend difficile la scolarité sans aide. Elle travaille sous la responsabilité pédagogique de l’enseignant, qui reste le seul à décider de ce qui est enseigné et comment.
Il existe trois formes d’accompagnement, que la MDPH précise dans sa décision :
- L’aide individuelle : l’AESH est dédiée à votre enfant pendant un nombre d’heures fixé par la CDAPH. Elle est réservée aux besoins d’une attention soutenue et continue.
- L’aide mutualisée : l’AESH accompagne plusieurs élèves, parfois dans la même classe. Le nombre d’heures n’est pas fixé par la MDPH mais organisé localement selon les besoins.
- L’accompagnement collectif : l’AESH est rattachée à un dispositif ULIS (unité localisée pour l’inclusion scolaire) et aide le groupe d’élèves qui en bénéficient.
Pour un enfant avec une paralysie cérébrale, le choix entre ces formes dépend surtout de l’ampleur des besoins moteurs : un enfant qui a besoin d’aide pour chaque transfert ou pour écrire n’a pas les mêmes besoins qu’un enfant qui a juste besoin d’un coup de main pour s’installer.
Comment faire la demande d’AESH ?
Étape 1 : en parler avec l’école et l’enseignant référent
Avant même de remplir le dossier, prenez contact avec le directeur ou la directrice de l’école et demandez les coordonnées de l’enseignant référent. C’est l’interlocuteur clé de la scolarisation des élèves en situation de handicap. Il fait le lien entre la famille, l’école et la MDPH.
Pour une première demande, l’équipe éducative remplit un document appelé GEVA-Sco. Il décrit la façon dont votre enfant vit sa scolarité : ce qu’il fait seul, ce qui lui pose difficulté, les adaptations déjà mises en place. Ce document est transmis à la MDPH avec votre dossier. Demandez à le relire : vous avez le droit d’en avoir connaissance.
Étape 2 : déposer le dossier MDPH
La demande d’aide humaine se fait dans le formulaire de demande MDPH (Cerfa n°15692), dans la partie consacrée à la scolarité. Vous y joignez le certificat médical, le GEVA-Sco et tous les bilans utiles (ergothérapie, kinésithérapie, psychomotricité…). Pour bien préparer chaque pièce, notre guide pour remplir le dossier MDPH détaille les points d’attention.
Quelques conseils pour un dossier solide :
- Décrivez des situations concrètes plutôt qu’un diagnostic : « il met dix minutes à sortir sa trousse et son cahier », « elle ne peut pas recopier le tableau dans le temps imparti ».
- Précisez les moments de la journée où l’aide manque : récréation, déplacements, repas, passage aux toilettes, ateliers manuels.
- Pensez à la fatigue : un enfant peut réussir un geste le matin et ne plus y arriver l’après-midi.
Étape 3 : l’évaluation et la décision
L’équipe pluridisciplinaire de la MDPH étudie le dossier et propose un PPS (projet personnalisé de scolarisation). Ce document rassemble toutes les réponses aux besoins de votre enfant à l’école : aide humaine, matériel pédagogique adapté (ordinateur, logiciels), aménagements des examens, orientation éventuelle. La CDAPH prend ensuite la décision, qui vous est envoyée par courrier.
Le délai légal de réponse de la MDPH est de 4 mois, souvent dépassé en pratique. Si vous visez la rentrée de septembre, déposez votre dossier au plus tard au début du printemps. Pour mieux comprendre le fonctionnement de la commission, consultez notre guide simple de la MDPH.
Étape 4 : l’affectation par l’Éducation nationale
Une fois la notification obtenue, c’est l’Éducation nationale qui recrute et affecte l’AESH. L’organisation se fait à l’échelle d’un regroupement d’écoles et d’établissements, longtemps appelé PIAL (pôle inclusif d’accompagnement localisé).
Ces PIAL sont en train d’être transformés en PAS (pôles d’appui à la scolarité). Le déploiement se fait par vagues : à la rentrée 2026, une partie du territoire seulement est couverte, et le calendrier de généralisation fait encore débat. Le PAS associe l’Éducation nationale et le secteur médico-social. Il peut proposer rapidement des premières réponses (matériel, aménagements, parfois une aide humaine transitoire), sans remplacer la MDPH. Pour savoir si votre école dépend d’un PIAL ou d’un PAS, posez la question à l’enseignant référent ou à l’inspection de circonscription.
Concrètement, une notification ne garantit pas toujours une AESH dès le jour de la rentrée. C’est une réalité frustrante, mais il existe des recours (voir plus bas).
Que fait concrètement une AESH en classe ?
Les missions de l’AESH s’organisent autour de trois grands domaines. Pour un enfant avec un handicap moteur, voici à quoi cela peut ressembler au quotidien.
Les gestes de la vie quotidienne
- Aider à l’installation au poste de travail, aux transferts (du fauteuil à la chaise, par exemple) et aux déplacements dans l’école.
- Accompagner aux toilettes, à l’habillage avant la récréation ou la piscine.
- Aider pendant le repas, si cela a été prévu. Depuis la loi du 27 mai 2024, c’est l’État qui rémunère l’AESH pendant la pause méridienne. Ce n’est pas automatique : la notification MDPH pour le temps scolaire ne suffit pas, c’est l’Éducation nationale qui décide de cet accompagnement après évaluation. Parlez-en à l’enseignant référent.
L’accès aux apprentissages
- Sortir et ranger le matériel, tourner les pages, tenir une feuille.
- Écrire sous la dictée de l’enfant quand le geste graphique est trop coûteux, ou l’aider à utiliser son ordinateur et ses logiciels.
- Reformuler une consigne, découper une tâche en petites étapes, aider à rester concentré.
- Adapter physiquement les supports en lien avec l’enseignant (agrandir, surligner, fixer la feuille).
La vie sociale et relationnelle
- Faciliter la participation aux jeux de récréation et aux sorties scolaires.
- Encourager les échanges avec les autres élèves, sans faire écran entre eux.
- Repérer les signes de fatigue ou de douleur et les signaler à l’enseignant.
Ce que l’AESH ne fait pas
Il est utile de le savoir pour éviter les malentendus :
- Elle ne fait pas le travail à la place de l’enfant. Son rôle est d’aider sans se substituer, pour que votre enfant progresse vers l’autonomie.
- Elle n’enseigne pas et ne décide pas des adaptations pédagogiques : c’est le rôle de l’enseignant.
- Elle ne réalise pas de soins médicaux ni de rééducation. Les séances de kiné ou d’ergothérapie restent du ressort des professionnels de santé, éventuellement via un SESSAD.
Une bonne AESH sait aussi s’effacer progressivement quand l’enfant devient capable de faire seul. C’est souvent le signe que l’accompagnement fonctionne.
Comment bien travailler avec l’AESH de son enfant ?
La relation entre la famille et l’AESH compte beaucoup. Quelques pistes :
- Prévoyez un temps de rencontre en début d’année, avec l’enseignant, pour présenter votre enfant : ce qu’il aime, ce qui l’aide, ses gestes qui demandent de la patience. Pour trouver les bons mots, lisez notre article sur la façon de parler du handicap moteur de son enfant à l’école sans le réduire à son diagnostic.
- Partagez les astuces des rééducateurs : une bonne position assise, un guide-doigts, une façon de tenir le stylo. L’ergothérapeute peut parfois venir à l’école ou rédiger une note.
- Mettez en place un cahier de liaison si votre enfant ne peut pas raconter facilement sa journée.
- Respectez le cadre : l’AESH travaille sous la responsabilité de l’enseignant et de l’école. Les questions sur l’organisation passent par l’enseignant ou l’enseignant référent.
Chaque année, une ESS (équipe de suivi de la scolarisation) réunit la famille, l’enseignant, l’enseignant référent, l’AESH et les professionnels qui suivent l’enfant. C’est le bon moment pour faire le point et, si besoin, demander une évolution de l’accompagnement.
FAQ
Peut-on demander une AESH directement à l’école ?
Non. L’école peut vous encourager à faire la demande et remplir le GEVA-Sco, mais seule la MDPH peut notifier une aide humaine. C’est ensuite l’Éducation nationale qui affecte la personne.
Que faire si l’AESH n’est pas là à la rentrée ?
Contactez d’abord l’enseignant référent et le directeur de l’école. Vous pouvez aussi appeler le numéro vert Aide handicap École au 0 805 805 110 (gratuit, de 9 h à 17 h, toute l’année). Il oriente vers la cellule de votre département ou la cellule nationale. Pour les personnes sourdes ou malentendantes, un accès dédié existe au 0 800 730 123, via la plateforme Accéo. Gardez une trace écrite de vos démarches.
Peut-on contester le nombre d’heures accordées ?
Oui. Si la décision de la CDAPH ne correspond pas aux besoins de votre enfant (refus, aide mutualisée au lieu d’individuelle, heures insuffisantes), vous pouvez former un recours administratif préalable obligatoire (RAPO) dans les 2 mois suivant la notification. Joignez de nouveaux éléments : bilans récents, observations de l’enseignant.
Peut-on choisir l’AESH de son enfant ?
Non. L’affectation relève de l’Éducation nationale. En revanche, si l’accompagnement pose un réel problème, vous pouvez en parler avec l’enseignant puis l’enseignant référent pour trouver une solution.
L’AESH accompagne-t-elle aussi au collège et au lycée ?
Oui. L’accompagnement peut se poursuivre tout au long de la scolarité, y compris pendant les examens si c’est prévu dans le PPS. Les besoins évoluent avec l’âge : l’ESS permet d’ajuster l’aide chaque année.
En résumé
Obtenir une AESH demande de l’anticipation : un dossier MDPH déposé tôt, des besoins décrits avec des exemples concrets et un bon lien avec l’enseignant référent. Une fois en place, l’AESH aide votre enfant à s’installer, à apprendre et à trouver sa place dans le groupe, sans faire à sa place. Si la rentrée approche, commencez par un simple message à l’école pour demander le nom de votre enseignant référent : c’est souvent la porte d’entrée de tout le reste.
Sources
- Code de l’éducation, article L351-3 (accompagnement des élèves en situation de handicap)
- Circulaire n° 2017-084 du 3 mai 2017 relative aux missions et activités des personnels chargés de l’accompagnement des élèves en situation de handicap
- Loi n° 2024-475 du 27 mai 2024 visant la prise en charge par l’État de l’accompagnement humain des élèves en situation de handicap durant le temps de pause méridienne
- 0 805 805 110, le numéro vert information école inclusive — Mon Parcours Handicap
- Les AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap) — Onisep
- Prise en charge des AESH par l’État sur le temps méridien — Banque des Territoires
- Du PIAL au PAS, ce que change la réforme — CFDT



